Français

Samedi 15 juillet 2017, à 16h25, était prévu le vol VY7888 Barcelone – Dakar (Sénégal) de Vueling. Le décollage prenait déjà du retard, quand tout d’un coup des cris de désespoir provenant d’une personne assise à l’arrière de l’avion se faisaient entendre. C’est alors que quelques passagers demandent qu’est-ce qui se passe aux hôtesses de vol. Ces passagers ne reçoivent aucune réponse. Les gens se mettent debout et le couloir de l’avion se remplis de plusieurs dizaines de personnes à la recherche d’information.

Parmi les passagers on laisse entendre qu’il pourrait s’agir d’une personne en train de se faire déporter au Sénégal, puisqu’elle se trouvait à l’arrière de l’avion, attachée des mains et entourée de deux escortes portant des gants. Plusieurs personnes demandent à la compagnie aérienne de constater cette information, une information qui n’avait pas été annoncée au moment de l’achat du billet, et s’opposent à voyager avec une personne faisant une crise d’angoisse extrême, ce qui à son tour est considéré comme une violation des droits humains les plus essentiels. Peu après, dans le même inquiétant état d’angoisse, la personne en détresse sanglotait : «No voy a volver (je ne vais pas revenir). Je suis malade ».

Le couloir est toujours plein de gens qui s’engagent dans un débat sur la situation et qui continuent de poser des questions. L’avion ne décolle pas, et ni le capitaine ni l’équipage ne communiquent rien à propos de la situation. À un certain moment, quand l’un des passagers demande à l’une des hôtesses de vol la raison pour laquelle ils ne décollaient pas, celle-ci répond qu’il y a un problème avec les bagages. Plus tard, on signalera qu’il y a eu un problème avec le poids des bagages, ce qui aurait empêché le transport de quelques valises, et qui, à son tour, aurait pu être la cause du retard.

Malgré les questions posées à l’équipage, aucune communication officielle n’est effectuée à travers les haut-parleurs. Une heure et demie plus tard, avec le couloir encore plein de gens, la première annonce est effectuée au micro, dans laquelle on demande à s’assoir dans le but de poursuivre avec le débarquement de la personne déportée. Les gens applaudissent et tout de suite après on communique que l’on poursuivra au débarquement de tous les passagers de l’avion. Celle-ci est la seule communication officielle que l’on reçoit de la part de Vueling.

Pendant la réalisation du débarquement, six personnes sont choisies de façon aléatoire à la porte de sortie de l’engin et seront retenues. Le reste des passagers sortent et sont informés du fait qu’ils voleront plus tard avec un autre équipage. Les six personnes retenues nous sommes identifiées, et à notre tour nous demandons des explications claires sur les faits qui sont en train d’avoir lieu, ainsi que le critère utilisé pour notre sélection. La seule réponse que nous recevons est que nous ne pouvons pas voyager à Dakar et qu’une navette nous ramènera pour récupérer nos bagages. Personne ne nous explique clairement la raison pour laquelle nous avons été choisies parmi les dizaines de personnes qui ont occupé le couloir dès le début. Le choix des personnes retenues a été effectué par deux passagers qui nous montraient du doigt.

Aussitôt après, on procède à l’embarquement du reste des passagers et, avant d’accéder à l’avion, cinq nouvelles personnes sont arbitrairement sélectionnées et subissent à leur tour le même traitement que les six premières personnes identifiées. Finalement, le départ du vol a lieu avec onze passagers à terre, sans aucune communication sur les faits de la part de Vueling. D’après des passagers du vol qui a décollé, le jeune homme qui se faisait déporter continuait de crier d’angoisse.

Les onze personnes ici réunies nous nous sommes rassemblées hier pour la première fois. Nous étions inconnues les unes des autres, et nous n’avons participé à l’organisation d’aucune émeute. Samedi dernier un jeune homme criait et un groupe de personnes s’est levé dans le couloir de l’avion tout en se demandant qu’est-ce qui se passait, se produisant ainsi un débat. Tout ceci sans que Vueling ne donne aucune information à travers le mégaphone de l’avion à l’exception du débarquement. Il nous a été interdit de voyager de façon aléatoire. Plusieurs personnes qui ont participé des débats et qui se montraient contraires à la déportation de cette personne ne se sont pas fait expulser de l’avion, et des personnes qui ne disaient absolument rien se retrouvent maintenant parmi nous. Personne ne nous a expliqué de façon claire les raisons et le critère de sélection des personnes expulsées de l’avion. De même, Vueling n’a jamais prévenu ses clients de la possibilité qu’ils se retrouvent à partager le vol avec des personnes qui se font déporter contre leur volonté, escortées et criant de désespoir.

Parmi celles que nous nous trouvons aujourd’hui ici, quelques-unes nous avions entendu parler auparavant à propos de ce genre de déportations. D’autres, par contre, suite à ce qu’il s’est passé samedi dernier, nous nous sommes rendu compte de la triste réalité de la déportation de personnes dans des vols commerciaux. Ces faits ont provoqué le contact avec des organisations qui dénoncent ces pratiques depuis des années. À travers ces organisations nous savons aujourd’hui que plusieurs personnes sont mortes dans ces vols réalisés dans toute l’Europe : après avoir été bâillonnée (Osamuyi Aikpitanyi-9/6/2009), ne pouvant plus respirer (Jimmy Mubenga), asphyxiée avec un coussin pour noyer ses cris (Semira Adamu-1998), après avoir été attaché avec plus de 10 mètres de ruban adhésif (Marcus Omofuma-25/5/1999), dans un état de santé précaire et étant dépourvu s’assistance médicale (Joseph Ndukaku-marzo de 2010), ou bien à cause d’un arrêt cardio-respiratoire après avoir été introduit dans un avion avec un casque et attaché des mains et des pieds et en empêchant qu’un médecin procède à sa ranimation (Aamir Mohamed Ageeb).

Beaucoup de collectifs dénoncent la continuation de ce genre de pratiques. Campaña Estatal por el Cierre de los CIEs (Campagne Nationale pour la Fermeture des Centres de Détention Administrative) et Fin de las Deportaciones (Fin des Déportations) nous informent d’accords signés pour la somme de presque 12 millions d’euros annuels d’argent public avec Air Europa (du groupe Globalia) et Swift Air entre 2013 et 2016, et maintenant avec Viajes Barceló et Air Nostrum (filiale de Iberia). En effet, nous sommes au courant du prochain vol de déportation qui aura lieu le 24 juillet pour Guinée Conakry depuis Madrid, et qui passera par Barcelone.. Nous voulons attirer l’attention sur cette nouvelle et communiquer de façon publique notre rejet de ce genre de déportations, et en tant que passagers nous voulons dénoncer le traitement reçu de la part de Vueling.

Les faits du 15 juillet ne peuvent se produire de nouveau. Devant les cris d’une personne attachée des mains et dans un état de santé inquiétant nous sommes de l’avis que n’importe quelle personne avec un minimum de compassion humaine aura pour réflexe de se lever pour chercher à savoir ce qu’il se passe. Voici ce que des dizaines de personnes ont eu le réflexe de faire. Nous sommes seulement onze d’entre elles.

Support

soutien

Anuncios